Bref historique du projet Cœurs en liberté

Le 22 avril 2015Dau-Thi Huynh, trésorière de la Vietnamese Canadian Federation (VCF) et Minh Nguyen, artiste et bénévole dans la communauté vietnamienne, se sont arrangés pour rencontrer Colleen Lundy, professeure émérite de travail social à l’Université Carleton, dans un café Bridgehead à Ottawa. L’idée d’approcher l’École de travail social a été approuvée et appuyée par le Dr Tri Hoang et Tuyet Lam, anciens président et vice-présidente de la VCF. Puisque Le Dr Hoang ainsi que Mme Lam vivaient tous les deux en Alberta, ils n’ont pas pu assister à la réunion.


Minh Nguyen envisageait un effort de recherche mené par un groupe communauté-université-musée et a intitulé le projet Cœurs en liberté. La Fédération avait développé un site web pour stocker de l’information sur l’immigration des réfugiés vietnamiens vers le Canada et pour recueillir d’autre information auprès du public. Ils avaient obtenu plusieurs lettres d’appui de différents bureaux gouvernementaux, rencontré des dirigeants politiques ainsi que des experts de musées importants d’Ottawa dans l’espoir d’établir un musée. Ils recherchaient un partenaire qui pourrait se joindre à leur objectif d’obtenir un financement pour un projet visant à recueillir les expériences d’anciens réfugiés et de ceux qui avaient été impliqués dans leur établissement au Canada. Lors de cette première réunion, les trois se sont entendus pour continuer à se réunir en vue de poursuivre le but d’un musée canadien.


Peu après, Peter Duschinsky et Mike Molloy ont assisté à une des réunions et se sont joints au projet. Les deux étaient membres de la Société historique de l’immigration canadienne et avaient une expérience sur le terrain de l’exode de réfugiés. Peter est un ancien agent du service extérieur au Canada et l’ancien directeur de liaison internationale à Immigration Canada. Mike Molloy était coordonnateur principal du Groupe de travail sur les réfugiés indochinois de 1979 à 1980. La portée du projet a été élargie pour inclure les communautés cambodgienne et laotienne qui faisaient partie du mouvement des réfugiés venant de l’ancienne Indochine au cours des années 1970 et 1980. On a décidé aussi de changer d’objectif pour interviewer d’anciens réfugiés et ceux qui avaient été impliqués dans leur réinstallation pour assurer la préservation de leurs expériences pour les générations à venir et les inclure dans le récit historique du Canada.


Peu après se sont joints au projet également Allan Moscovitch, professeur émérite de travail social à l’Université Carleton et Stephanie Stobbe , professeure agrégée au Collège Menno Simons (collège de Canadian Mennonite University) à l’Université de Winnipeg. Nous avions maintenant l’expertise et les ressources pour aller de l’avant. Nous avons décidé que, pour commencer, il fallait tout faire pour préserver les expériences de vie d’un échantillon représentatif de réfugiés par des entrevues enregistrées en vidéo. Colleen et Allan ont commencé la rédaction d’une demande de financement pour le Projet de l’histoire canadienne des réfugiés de l’Asie du Sud-Est : Cœurs en liberté. Une première demande a été soumise au Fonds pour l’histoire du Canada du Patrimoine canadien mais en 2017 cette demande a été noyée dans les demandes de projets du Canada 150. Après une réunion avec le personnel du Patrimoine canadien en septembre 2017, il a été convenu que nous aurions l’opportunité de préparer une nouvelle soumission. Avec un délai limité, on a préparé et soumis une nouvelle demande en octobre 2017. Heureusement, cette proposition a été acceptée. Nous en avons reçu l’avis en avril 2018.


Par la suite, nous avons mis sur pied un comité de gestion qui comprenait des représentants des trois communautés : Canadiens d’origine vietnamienne, cambodgienne et laotienne. Nous avons également des représentants du personnel du Musée canadien de l’histoire et du Musée du Quai 21, ainsi que des membres de la Société historique de l’immigration canadienne. Nous comptons sur la sagesse et l’expérience du comité pour nous guider dans cette entreprise passionnante.


À l’automne de 2018, nous avons embauché une directrice exécutive (Ginette Thomas) pour nous aider à coordonner le projet ainsi que le travail de trois équipes d’entrevue et de quatre coordonnateurs communautaires. Nous avons embauché aussi un directeur numérique (Mondy Lim) pour nous aider à créer un site web pour l’accès aux entrevues et à d’autre matériel recueilli et pour soigneusement recevoir et conserver ceux-ci. Quatre coordonnateurs communautaires ont été embauchés, dont la tâche consistait à recruter d’anciens réfugiés de chacune des trois communautés et à recruter des Canadiens qui avaient aidé des réfugiés à venir au Canada. Les interviewés devaient raconter leur histoire sur vidéo. À cette fin, nous avons embauché trois équipes comprenant un intervieweur et un opérateur de caméra. Heureusement, nous avons pu trouver le personnel approprié pour composer des équipes vietnamienne et cambodgienne. Notre troisième équipe a été chargée d’entrevues auprès de parrains et d’autres Canadiens qui avaient été impliqués dans l’aide donnée aux réfugiés, et auprès de Canadiens d’origine laotienne.


À l’automne de 2018, nous avons organisé plusieurs séances de formation pour nos équipes d’entrevue pendant que les coordonnateurs communautaires s’occupaient à trouver des personnes qui s’intéressaient à se faire interviewer pour le projet. En même temps, nous avons dû préparer et soumettre une demande détaillée d’approbation éthique pour le projet. Nous avons reçu l’approbation au début de décembre, terminé la formation au début de janvier et avons commencé alors à établir un horaire d’entrevues. Les premières entrevues ont eu lieu en février et mars 2019, puisant dans des personnes vivant à Ottawa ou à Gatineau. Plus tard dans l’année nous avons mené des entrevues dans les régions de Montréal et Toronto. En 2020 il y a eu des entrevues à Winnipeg, Edmonton, Calgary et Vancouver. Les entrevues prévues à Halifax ont été mises en suspens en raison de la pandémie. Les entrevues se déroulaient principalement en anglais ou en français. Un certain nombre ont été menés en khmer et en vietnamien. Au total, 170 entrevues ont eu lieu auprès de femmes et d’hommes qui étaient venus au Canada en tant que réfugiés entre 1975 et 1985 ou qui avaient aidé des réfugiés au cours de cette période. Nous prévoyons encore mener 11 entrevues quand les conditions le permettront. À partir des entrevues et d’autre matériel nous envisageons de produire un livre ainsi qu’un film documentaire. Les deux porteront sur les expériences de vie des réfugiés de l’Asie du Sud-Est qui sont venus au Canada après la chute du Sud-Vietnam, le retrait des forces américaines et la signature d’un traité.